Pour ceux qui ne me connaissent pas (j’ai toujours ce secret espoir que certains des lecteurs de ce blog ne font pas partie de ma famille), j’ai trente et un ans. J’appartiens à cette génération post-sida, post-Mitterand, post-chute du mur de Berlin, post-it. A la fin de ma vie, dans deux fois trente ans, je pourrais compter les évènements historiques auxquels j’ai assisté sur les doigts d’une main : la révolution du digital et des jeux vidéo, le 11 septembre et deux ou trois catastrophes naturelles qui auront tué quelques milliers d’innocents du tiers monde, puisque c’est toujours les mêmes qui payent les conneries des autres. On aura beaucoup agité la menace du nucléaire, d’une guerre mondiale au Moyen-Orient, de la disparition de l’eau, du pétrole, et des glaces au Pôle Nord, mais il n’y aura guère que les fans de Jerry Buckheimer pour croire à ces conneries. Aucun d’entre nous ne marquera l’histoire et les digital natives nous écraseront vite fait bien fait dès qu’ils auront cessé de jouer à World of Warcraft.


De nous, personne ne se soucie. La preuve : rares sont les films, les livres ou les chansons auxquels on peut s’identifier. On est la génération Dorothée, celle qui s’est endormie devant les Chevaliers du Zodiaque et Goldorak. La génération de Friends, 6 potes millionnaires qui ont disparu des écrans de toute taille depuis qu’ils se sont quittés. La génération de l’Auberge espagnole, à qui on a promis l’Europe pour Eldorado, et puis non : l’Europe, c’est comme la Ligue des Champions pour les clubs français ; on y participe, mais de loin. On est les petits-enfants de la TV, les nourrissons du web, bloqués entre deux écrans, une transition entre deux révolutions.

 

Plus tard, dans trente ans, lorsque les trentenaires de demain voudront se souvenir de ceux d’aujourd’hui, ils pourront toujours écouter ce disque, les Souvenirs sous ma frange, écrit et composé par une jeune fille de mon âge, Rose, qui sera alors la Barbara d’aujourd’hui, une ex-madame de la chanson française dont on se souvient avec tendresse et nostalgie.

 

Pour vous donner l’eau à la bouche, quelques commentaires sur mes titres préférés :

18 ans

La phrase qui tue : « j’ai rencontré l’homme de ma vie/ hier soir en boîte de nuit »

L’avis : lentement, presque langoureusement, la nostalgie d’une vie passée, remplie de fougue et d’insouciance, nous étreint. On avait des rêves, ou peut-être pas, mais des soucis futils, ça oui, des histoires de filles, plein, et un boulevard devant nous pour devenir quelqu’un. 13 ans plus tard, on fait les comptes, on se pose la question : est-ce que je ressemble vraiment à celui que je rêvais d’être ? Première larme.

 

De ma fenêtre

La phrase qui tue : « De ma fenêtre je vois mon heure de gloire/ Se marrer avec mon jour de chance/ Quand j’attends comme une évidence/Ma bonne étoile qui colle au bar »

L’avis : De ma fenêtre, la chanson qu’il ne faut pas écouter près de la sienne. Une chanson magnifique, prenante, qui me fait chialer –presque- à tous les coups. Plus que le bilan de sa vie qu’évoquent les couplets, c’est ce refrain qui prend aux tripes et donne envie de serrer dans ses bras ceux qu’on aime, de les protéger, et de leur dire « de plus faire de drame, de plus se faire de bile… »

 

Ne partez pas

La phrase qui tue : « Mais n’ai-je pas cru mieux que personne/En ces imbéciles que nous sommes/ L’un d’avoir tenté d’être heureux/ L’autre de l’avoir été pour deux »

L’avis : avoir dans le même album une chanson qui s’intitule « ne partez pas » et une autre « quitte-moi » dis bien toute la complexité de l’amour quand il est passionnel. Ne partez pas, c’est l’histoire d’une fille qui flippe comme une folle de finir seule, de ne pas trouver un homme pour l’aimer, et qui préfère être mal accompagnée que rongée par la solitude et les regrets.

 

Ma corde au clou

La phrase qui tue : « Je mettrai ma corde au clou. Tu mettras ta bague au trou/ Et on vivra de bohème/ Tu m’écriras des poèmes »

L’avis : une chanson pour rassurer les garçons. Ces trentenaires qui sont prêts à aimer mais pas à s’engager. Ces frileux ok pour l’hôtel mais pas pour l’autel. Nous.

 

Qu’est-ce qu’on attend de moi

La phrase qui tue : « Je me jetterais bien contre un mur mais voyons/ Je n’ai même pas de voiture, à quoi bon »

L’avis : à nos âges, on a plus l’excuse de vivre sa jeunesse pour oublier de devenir un adulte. Le temps nous rattrape, là, et le regard des autres nous invite à être quelqu’un, enfin. Et là, se pose la question : mais qu’est ce qu’on attend de moi ?

 

Qui peut dire

La phrase qui tue : « Et on me dira que je suis sénile, on me dira non, rien rien mamie. J’entendrai que la moitié des phrases/Jamais la bonne je serai pas en phase/Avec le monde, celui qui a une vie/ Qui se résume pas à une TV un lit »

L’avis : l’écho ou la suite de « ne partez pas ». Le bel homme est parti, la chanteuse est seule et finit ses vieux jours comme une vieille femme invisible. Un titre à déconseiller dans les maisons de retraite niçoise…

 



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Hier soir. Rien à la TV. Option DVD obligatoire. POUR ELLE. Merci Thomas Clément. « Pour elle », un film avec Vincent Lindon et Diane Kruger dedans. Un film dont on se dit avant de l’avoir vu que ça va parler d’amour, que le meilleur comédien bègue de l’hexagone va embrasser la jolie blonde, peut-être même lui faire l’amour. Tu parles.

L’histoire : un prof de français et sa femme. Un enfant, jolie tête blonde innocente. Coulent des jours heureux. Seule ombre au tableau : Lisa (Diane Kruger) ne s’entend pas avec sa patronne. Ce qui lui fait un mobile en béton armé quand on retrouve cette dernière assassinée dans un parking. La police débarque, tel l’ami Ricoré, au moment du petit déjeuner familial, pour embarquer la maman sous les yeux de son époux et de son fils. Scène insoutenable quand on est père de famille. Les preuves sont accablantes. Lisa ne sortira jamais de prison. Sauf si le prof de français s’énerve…

C’est l’histoire d’une injustice. D’une chute. Un mari aimant devient un criminel et un assassin pour sauver celle qu’il sait innocente. Et cette détresse, ce désarroi, Vincent Lindon arrive parfois à les faire passer en un seul regard. Merde, les cours Florent, c’est pas du chiqué.

Ca pourrait être un film banal, peut-être un bon film d’action américain, sans la présence de ce gosse, qui n’a pas besoin d’en dire beaucoup, juste d’être là, face à nous, petit ange blanc au milieu du noir. Ce gosse qui file la chair de poule. Ce gosse qui renvoie à son gosse. Ce couple qui renvoie au sien. Cette routine. Tout ce bonheur dont on se plaint, ces habitudes que l’on déteste répéter, on s’aperçoit que l’on pourrait les perdre, sur un coup de dé, un détail. « Pour elle » colle la peur du vide au ventre. Après ça, on est content de se lover dans des bras charitables, des bras qui nous comprennent, des bras qui seront toujours là.


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Il est des hommes dont on vit dans l’ombre sans qu’ils le sachent, des gens à qui on voudrait ressembler ou qu’on aimerait compter parmi ses vrais amis Facebook.

Des écrivains à qui on écrirait bien si on n’avait pas honte de ses propres mots.

Des gars qui secondent nos pas et nos pensées, mettant leur verbe châtié sur des sentiments que l’on n’imaginait pas partager.

Des auteurs dont on aurait pu écrire les livres si on avait eu leur talent.

Frédéric Beigbeder fait partie du Hall of Fame des personnalités dont j’aime lire la prose. Pour le paraphraser, ce ne sont pas les histoires racontées dans les livres qui comptent, ce sont ceux qui les écrivent. Voilà un quarantenaire dont on pensait tout savoir de la vie, de ses extravagances, de son arrogance parisienne, de ses libertinages, de sa vie privée. A peine caché derrière des personnages aux prénoms aussi communs que le sien (Marc, Octave), il pailletait ses pages de drogue, de putes et de romantisme pour combler le vide d’un quotidien lourd, solitaire, alcoolisé. Ces passages de plus en plus nombreux de la chronique littéraire de Voici à ces pages faits divers ne faisaient qu’amplifier le sentiment d’avoir affaire à un people des lettres, digne successeur, s’il vivait assez longtemps pour ça, du subtil Jean d’Ormesson.

Dernier fait divers en date : cette arrestation mouvementée en pleine nuit pour sniffage de coke sur le capot d’une Bentley. Ca sentait le sapin, quand les histoires réelles deviennent plus glauques et surréalistes que celles des romans. Et puis, plutôt que de subir le tapage médiatique, les jugements moraux, les paparazzis et les silences encombrants, FB a choisi de tirer de cette nuit en enfer un roman. Un roman français.

A ceux qui aimaient lire Beigbeder pour sa prose légère, ses histoires de cul, ses accès privés à des milieux malsains, ses affaires de fric, ses jeux de mots limite, ses références faciles. Lisez un roman français. A ceux qui n’aimaient pas Beigbeder pour les mêmes raisons. Lisez un roman français. A ceux qui disent préférer Houellebecq. A ceux qui n’aiment pas le personnage. A ceux qui ne veulent pas tromper Amélie Notthomb. A ceux qui l’achètent mais n’osent pas en parler à leurs amis. A ceux qui le lisent depuis toujours. Lisez un roman français.


Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦

Jack Bauer est une âme sensible. Il a beaucoup souffert des critiques proférées à son encontre sur les méthodes d’interrogatoire utilisées à l’encontre des US Muslim pour obtenir des informations, dans la saison 6. Torture ? Cruauté ? En gros, on reprochait au grand blond solitaire de largement inspirer les autorités américaines dans leur guerre contre le terrorisme. Bauer modèle de Guantanamo, les scénaristes ne pouvaient évidemment laisser cette accusation passer, eux qui avaient prédit avant tout le monde l’élection d’un noir à la maison blanche (et son assassinat ?). La saison 7 allait être celle du règlement de comptes. Ce que s’apprête à découvrir les abonnés de Canal Plus, et que ceux de TF1 verront dans un an, quand Jack aura déjà passé une huitième journée de merde.

Alors, cette saison 7 ? Bien ou bien ? Au départ, un argument de poids en faveur de la série : les scénaristes ont eu l’idée maline d’inclure le procès de JB dans l’histoire. Dans le premier épisode, le sauveur des Etats-Unis se trouve sur le banc des accusés avec face à lui une bande de sénateurs libéraux, et une question qui servira de fil conducteur aux 24 heures suivantes : la fin justifie-t-elle les moyens ? Que doit-on faire quand la loi empêche de sauver des vies humaines ? Jack est sommé de se justifier, de regretter ses actes, de renier ce qu’il a toujours été : un hors-la-loi au service de l’Etat.

Puis, comme d’habitude, une menace terroriste tombe sur la tête de la Maison blanche, qui préfère alors rappeler Kiefer Sutherland plutôt que de faire confiance à ces fiottes du FBI et de la CIA. Faut dire qu’ils ont une bonne raison : le méchant s’appelle Tony Almeida. Quoi ? Il est pas mort ? Et ben non, pas du tout, il a fait semblant.

Comme la saison 7 est longue, très longue, la liste des méchants que combat Jack l’est tout autant. Ca commence par des dictateurs africains limite cannibales, ça enchaîne avec une armée privée à la solde de l’Etat, et ça s’achève avec une sorte de complot de gars en costards qui seraient à l’origine de toutes les journées pourries passées par Bauer depuis le début. En jeu vidéo, on appelle ça le Big Boss.

Comme d’habitude, Jack Bauer éclate tout le monde. Sauf que cette fois, on a voulu l’humaniser un peu, montrer que derrière cette carapace de machine à tuer se cachait un blondinet qui pleure et qui a mal quand il tranche la gorge d’un homme ou d’une femme. Et comme Kiefer ne sait pas pleurer, il cligne des yeux. Une fois quand il souffre. Deux fois quand l’émotion est trop forte. Et nous aussi, du coup, on cligne des yeux. Et c’est vrai que ça aide vachement. A ne pas s’endormir. Ces dernières 24 heures ont paru des semaines. Jack, tu t’essoufles.

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Je suis là, devant la télé, un peu par hasard, je zappe en espérant tomber sur un match de foot imprévu, et puis non. Il y a rendez-vous en terre inconnue avec Gilbert Montagné sur la 2, les experts Miami sur la chaîne de Nonce. Entre un aveugle et un roux, je choisis l’homme qui porte des lunettes de soleil mais ne les enlève jamais.

Faut dire que ça a jasé, ces dernières semaines, à propos de ce numéro particulier d’une émission qu’on regarde généralement pour la beauté de ces images, de ces paysages, de ces terres inconnues. Alors, quand le nouveau pote non-voyant du Président est annoncé pour une visite de l’Himalaya, on se gausse. On n’en parle pas trop parce que faut pas se moquer mais on n’en pense pas moins : « celle-là, ils ont pas besoin de prendre l’avion pour la tourner. Ils ont qu’à faire ça à la Plaine St Denis. L’autre y verra que du feu ». Et puis, on ne parle pas de Stevie Wonder, là, on parle d’un gars des années 80 qui a pourri la bande FM pendant des années avec les sunlights des tropiques, on va s’aimer, et tous ces tubes que les chanteurs de bar-mitsvah adorent, malheureusement.

Par curiosité, je jette donc un œil un peu mauvais sur l’émission préférée des français, celle qui a permis à Frédéric Lopez d’être le seul animateur du PAF qui ne se lave jamais, ne se rase jamais, mais que toutes les femmes aimeraient avoir dans leurs valises. Cinq minutes plus tard, je surprends une larme qui coule honteusement sur mon visage alors que les hôtes de Gilbert comprennent qu’il est aveugle. L’émotion m’étreint et ne me lâchera plus jusqu’à la fin. Le gars que j’ai en face de moi n’est pas l’excité en veste blanche qui tambourine sur son piano mais une personne extraordinaire, ouverte, à qui j’aurais bien confié une mission gouvernementale si j’avais été Président. Sur place, il fait la connaissance de Dolma, une femme incroyable, et la rencontre avec notre chanteur de bal est tellement forte que le reste, les montagnes vertigineuses, les rivières glacées, les yaks, tout ça n’existe plus. Comme d’habitude, Rendez-vous en terre inconnue parvient à nous ouvrir les yeux. Avec un aveugle, c’est fort.


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L’été, à la TV, c’est l’occasion de tester de nouveaux programmes, de passer de la merde sans trop se faire repérer, ou encore de montrer du Q en dehors des cases horaires. TF1 l’a bien compris, qui a concentré en un seul programme (Secret Story) l’ensemble des paires de nichons et de fesses que la chaîne répartissait la saison passée sur deux : SS et l’Ile de la tentation.

Sur France Télévisions, évidemment, on ne peut pas se permettre ce genre de choses. Alors on recycle. Fort Boyard, d’abord, qui sous prétexte qu’il fêtait ses 20 ans, a envahi la grille de programmation.

Et puis, Jean-Luc L Lemoine. Après tout, c’est pas parce que Ruquier est en vacances à Arcachon que ses chroniqueurs doivent chômer. Alors, l’humoriste (oui, il est humoriste de formation) au maquillage transparent nous a concocté un talk-show à l’américaine : plateau façon Larry King avec présentateurs d’un côté et invités de l’autre sur fond de Paris by night, le tout en bois Ikéa, avec au fond à gauche un « panel » de comiques ratés qui squattent les (toutes) petites salles obscures parisiennes dans lesquelles Lemoine a du galérer quelques années lui aussi avant la gloire cathodique.

C’est un bon moyen mnémotechnique, ça, de poser dans un coin du plateau un souvenir qui nous rappelle la traversée du désert. M’enfin, il aurait pu les mettre dans le public, ses mecs pas drôles, ça nous aurait évité de les subir pendant une heure et demi. Mais bon, il veut aider, Jean-Luc, il veut faire son Laurent, qui lui a tendu les bras alors que les affiches de son spectacle effrayaient les enfants dans les couloirs des stations de métro. Il se dit : peut-être qu’un de ces nullards se fera repérer par France TV, aura sa propre émission l’été prochain, et la boucle sera bouclée. Et il n’a pas tort, JL.

Il a repris à peu près les mêmes ingrédients que l’émission de Ruquier : des artistes consensuels, des vannes consensuelles, une intro en solo pour détendre le public, et des faux micro-trottoirs où on fait dire bite-couilles à des vieilles...Il a retiré Naulleau et Zemmour parce que l’été, on n’aime pas se disputer avec ses invités, et pis ça marche. Au point que la programmation de France TV veut poursuivre l’aventure au delà de ce mois d’août propice aux séparations douloureuses. Au point que Laurent Ruquier ne savait pas il y a quelques jours encore si son talk serait reconduit à la rentrée. Au point qu’il a appelé TF1 et M6 au cas où…

En même temps, Laurent aurait pu se méfier. Dans ses émissions, Lemoine est tellement blafard qu’on croirait que la maquilleuse est en grève, mais non. Elle fait ce qu’elle peut. Avec sa peau transparente et ses dents qui rayent le parquet des plateaux, Jean-Luc Lemoine ne devrait-il pas baptiser son prochain show « Entretien avec un vampire » ?

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