Les fans de Lost ne sont pas sans savoir que la dernière saison de la meilleure série de la décennie démarre le 2 février prochain, et les chanceux qui ont un cousin aux Etats-Unis pourront lui demander de l'enregistrer sur une bonne vieille VHS et d'envoyer les épisodes par Fedex (oui, nous avons tous le même cousin et il s'appelle Torrent).

Depuis des semaines, ABC nous balance des teasers qui ont pour seul but de refaire monter le sentiment d'addiction qui touche la plupart de ceux qui sont tombés sur la série. Objectif atteint. Mais pour bien nous faire comprendre que cette ultime saison sera celle des "explications", voici la vidéo qui vient de tomber : en temps réél, le crash de l'avion est raconté sous l'angle de tous les personnages (Jack et Kate à bord de l'Oceanic, Juliet et Ben dans leur petit village, Desmond, etc). A la façon de 24, les écrans splités permettent de suivre les actions en parallèle. Même si on n'apprend rien d'extraordinaire, le fait que les pièces du puzzle soient tout d'un coup mises dans le bon ordre rend encore plus jouissive l'attente de ce putain de premier épisode que même Barack Obama ne veut pas rater !


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Avant, il y avait les 7 d’or. Certes, personne ne regardait cette émission has-been qui faisait passer l’Eurovision pour un programme de Canal +, mais quelque part, on était rassuré de savoir que la profession s’auto-congratulait dans son coin et qu’à l’instar de la musique, du cinéma ou de la pornographie, la télévision était considérée comme un vivier de talent à part entière. Et puis, les 7 d’or ont disparu. Finies les polémiques sur les trophées de Pernault, le difficile partage entre TF1 et France Télévisions, les soupçons de trucage, etc.

 

Aujourd’hui, il y a les Gérard qui, dans le même anonymat que feu les 7 d’or, décernent chaque année des briques à des animateurs et des émissions en voie de disparition, dans des rubriques censées être drôles, mais non.

 

Conclusion : en 2010, aucun trophée pour récompenser l’originalité et la qualité de programmes comme « En terre inconnue » ou « Panique dans l’oreillette ». Pas de bibelot doré pour les qualités d’animateur de Nagui ou pour la carrière de Denisot. Pas de « meilleur espoir » pour le petit journal de Yann Barthès et pas de bataille rangée entre « L’objet du scandale » et « Ce soir ou jamais » pour le titre de meilleure émission culturelle.

 

Mon année passée dans le merveilleux (sic) monde de la publicité, dont je parlerai peut-être un jour ici, m’aura au moins appris ceci : la créativité ne se nourrit pas d’idées mais de trophées. Dans leur grande hypocrisie et sans doute leur aveuglement, les créatifs qui croient faire du cinéma en vendant des lessives et des forfaits téléphoniques, se gaussent de références artistiques et crachent dans la soupe cathodique qui pourtant les nourrit. La télévision, de ce que j’en sais, n’a pas cette prétention. Mais les chaînes et les producteurs qui se creusent la tête pour divertir la ménagère de moins de cinquante ans seraient certainement sensibles à d’autres récompenses que celle des audience. Une carotte qui les pousserait à plus d’originalité et moins de reprises de vieux tubes des années 80 (merci Gérard Louvin). Une belle soirée, avec smoking et robes de grands couturiers, au cours de laquelle les téléspectateurs pourraient récompenser leurs émissions et animateurs préférés. Pour Nikos, tapez 1.

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Pour ceux qui ne me connaissent pas (j’ai toujours ce secret espoir que certains des lecteurs de ce blog ne font pas partie de ma famille), j’ai trente et un ans. J’appartiens à cette génération post-sida, post-Mitterand, post-chute du mur de Berlin, post-it. A la fin de ma vie, dans deux fois trente ans, je pourrais compter les évènements historiques auxquels j’ai assisté sur les doigts d’une main : la révolution du digital et des jeux vidéo, le 11 septembre et deux ou trois catastrophes naturelles qui auront tué quelques milliers d’innocents du tiers monde, puisque c’est toujours les mêmes qui payent les conneries des autres. On aura beaucoup agité la menace du nucléaire, d’une guerre mondiale au Moyen-Orient, de la disparition de l’eau, du pétrole, et des glaces au Pôle Nord, mais il n’y aura guère que les fans de Jerry Buckheimer pour croire à ces conneries. Aucun d’entre nous ne marquera l’histoire et les digital natives nous écraseront vite fait bien fait dès qu’ils auront cessé de jouer à World of Warcraft.


De nous, personne ne se soucie. La preuve : rares sont les films, les livres ou les chansons auxquels on peut s’identifier. On est la génération Dorothée, celle qui s’est endormie devant les Chevaliers du Zodiaque et Goldorak. La génération de Friends, 6 potes millionnaires qui ont disparu des écrans de toute taille depuis qu’ils se sont quittés. La génération de l’Auberge espagnole, à qui on a promis l’Europe pour Eldorado, et puis non : l’Europe, c’est comme la Ligue des Champions pour les clubs français ; on y participe, mais de loin. On est les petits-enfants de la TV, les nourrissons du web, bloqués entre deux écrans, une transition entre deux révolutions.

 

Plus tard, dans trente ans, lorsque les trentenaires de demain voudront se souvenir de ceux d’aujourd’hui, ils pourront toujours écouter ce disque, les Souvenirs sous ma frange, écrit et composé par une jeune fille de mon âge, Rose, qui sera alors la Barbara d’aujourd’hui, une ex-madame de la chanson française dont on se souvient avec tendresse et nostalgie.

 

Pour vous donner l’eau à la bouche, quelques commentaires sur mes titres préférés :

18 ans

La phrase qui tue : « j’ai rencontré l’homme de ma vie/ hier soir en boîte de nuit »

L’avis : lentement, presque langoureusement, la nostalgie d’une vie passée, remplie de fougue et d’insouciance, nous étreint. On avait des rêves, ou peut-être pas, mais des soucis futils, ça oui, des histoires de filles, plein, et un boulevard devant nous pour devenir quelqu’un. 13 ans plus tard, on fait les comptes, on se pose la question : est-ce que je ressemble vraiment à celui que je rêvais d’être ? Première larme.

 

De ma fenêtre

La phrase qui tue : « De ma fenêtre je vois mon heure de gloire/ Se marrer avec mon jour de chance/ Quand j’attends comme une évidence/Ma bonne étoile qui colle au bar »

L’avis : De ma fenêtre, la chanson qu’il ne faut pas écouter près de la sienne. Une chanson magnifique, prenante, qui me fait chialer –presque- à tous les coups. Plus que le bilan de sa vie qu’évoquent les couplets, c’est ce refrain qui prend aux tripes et donne envie de serrer dans ses bras ceux qu’on aime, de les protéger, et de leur dire « de plus faire de drame, de plus se faire de bile… »

 

Ne partez pas

La phrase qui tue : « Mais n’ai-je pas cru mieux que personne/En ces imbéciles que nous sommes/ L’un d’avoir tenté d’être heureux/ L’autre de l’avoir été pour deux »

L’avis : avoir dans le même album une chanson qui s’intitule « ne partez pas » et une autre « quitte-moi » dis bien toute la complexité de l’amour quand il est passionnel. Ne partez pas, c’est l’histoire d’une fille qui flippe comme une folle de finir seule, de ne pas trouver un homme pour l’aimer, et qui préfère être mal accompagnée que rongée par la solitude et les regrets.

 

Ma corde au clou

La phrase qui tue : « Je mettrai ma corde au clou. Tu mettras ta bague au trou/ Et on vivra de bohème/ Tu m’écriras des poèmes »

L’avis : une chanson pour rassurer les garçons. Ces trentenaires qui sont prêts à aimer mais pas à s’engager. Ces frileux ok pour l’hôtel mais pas pour l’autel. Nous.

 

Qu’est-ce qu’on attend de moi

La phrase qui tue : « Je me jetterais bien contre un mur mais voyons/ Je n’ai même pas de voiture, à quoi bon »

L’avis : à nos âges, on a plus l’excuse de vivre sa jeunesse pour oublier de devenir un adulte. Le temps nous rattrape, là, et le regard des autres nous invite à être quelqu’un, enfin. Et là, se pose la question : mais qu’est ce qu’on attend de moi ?

 

Qui peut dire

La phrase qui tue : « Et on me dira que je suis sénile, on me dira non, rien rien mamie. J’entendrai que la moitié des phrases/Jamais la bonne je serai pas en phase/Avec le monde, celui qui a une vie/ Qui se résume pas à une TV un lit »

L’avis : l’écho ou la suite de « ne partez pas ». Le bel homme est parti, la chanteuse est seule et finit ses vieux jours comme une vieille femme invisible. Un titre à déconseiller dans les maisons de retraite niçoise…

 



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Hier soir. Rien à la TV. Option DVD obligatoire. POUR ELLE. Merci Thomas Clément. « Pour elle », un film avec Vincent Lindon et Diane Kruger dedans. Un film dont on se dit avant de l’avoir vu que ça va parler d’amour, que le meilleur comédien bègue de l’hexagone va embrasser la jolie blonde, peut-être même lui faire l’amour. Tu parles.

L’histoire : un prof de français et sa femme. Un enfant, jolie tête blonde innocente. Coulent des jours heureux. Seule ombre au tableau : Lisa (Diane Kruger) ne s’entend pas avec sa patronne. Ce qui lui fait un mobile en béton armé quand on retrouve cette dernière assassinée dans un parking. La police débarque, tel l’ami Ricoré, au moment du petit déjeuner familial, pour embarquer la maman sous les yeux de son époux et de son fils. Scène insoutenable quand on est père de famille. Les preuves sont accablantes. Lisa ne sortira jamais de prison. Sauf si le prof de français s’énerve…

C’est l’histoire d’une injustice. D’une chute. Un mari aimant devient un criminel et un assassin pour sauver celle qu’il sait innocente. Et cette détresse, ce désarroi, Vincent Lindon arrive parfois à les faire passer en un seul regard. Merde, les cours Florent, c’est pas du chiqué.

Ca pourrait être un film banal, peut-être un bon film d’action américain, sans la présence de ce gosse, qui n’a pas besoin d’en dire beaucoup, juste d’être là, face à nous, petit ange blanc au milieu du noir. Ce gosse qui file la chair de poule. Ce gosse qui renvoie à son gosse. Ce couple qui renvoie au sien. Cette routine. Tout ce bonheur dont on se plaint, ces habitudes que l’on déteste répéter, on s’aperçoit que l’on pourrait les perdre, sur un coup de dé, un détail. « Pour elle » colle la peur du vide au ventre. Après ça, on est content de se lover dans des bras charitables, des bras qui nous comprennent, des bras qui seront toujours là.


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Il est des hommes dont on vit dans l’ombre sans qu’ils le sachent, des gens à qui on voudrait ressembler ou qu’on aimerait compter parmi ses vrais amis Facebook.

Des écrivains à qui on écrirait bien si on n’avait pas honte de ses propres mots.

Des gars qui secondent nos pas et nos pensées, mettant leur verbe châtié sur des sentiments que l’on n’imaginait pas partager.

Des auteurs dont on aurait pu écrire les livres si on avait eu leur talent.

Frédéric Beigbeder fait partie du Hall of Fame des personnalités dont j’aime lire la prose. Pour le paraphraser, ce ne sont pas les histoires racontées dans les livres qui comptent, ce sont ceux qui les écrivent. Voilà un quarantenaire dont on pensait tout savoir de la vie, de ses extravagances, de son arrogance parisienne, de ses libertinages, de sa vie privée. A peine caché derrière des personnages aux prénoms aussi communs que le sien (Marc, Octave), il pailletait ses pages de drogue, de putes et de romantisme pour combler le vide d’un quotidien lourd, solitaire, alcoolisé. Ces passages de plus en plus nombreux de la chronique littéraire de Voici à ces pages faits divers ne faisaient qu’amplifier le sentiment d’avoir affaire à un people des lettres, digne successeur, s’il vivait assez longtemps pour ça, du subtil Jean d’Ormesson.

Dernier fait divers en date : cette arrestation mouvementée en pleine nuit pour sniffage de coke sur le capot d’une Bentley. Ca sentait le sapin, quand les histoires réelles deviennent plus glauques et surréalistes que celles des romans. Et puis, plutôt que de subir le tapage médiatique, les jugements moraux, les paparazzis et les silences encombrants, FB a choisi de tirer de cette nuit en enfer un roman. Un roman français.

A ceux qui aimaient lire Beigbeder pour sa prose légère, ses histoires de cul, ses accès privés à des milieux malsains, ses affaires de fric, ses jeux de mots limite, ses références faciles. Lisez un roman français. A ceux qui n’aimaient pas Beigbeder pour les mêmes raisons. Lisez un roman français. A ceux qui disent préférer Houellebecq. A ceux qui n’aiment pas le personnage. A ceux qui ne veulent pas tromper Amélie Notthomb. A ceux qui l’achètent mais n’osent pas en parler à leurs amis. A ceux qui le lisent depuis toujours. Lisez un roman français.


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