

J’ai sur ma table de chevet depuis des semaines pour ne pas dire des mois un pavé de plusieurs centaines de pages dont la presse ne cesse de louer la qualité littéraire, signé d’un dénommé James Frey, et dont la couverture indique qu’il s’intitule LA Story. Je l’ai attaqué, sous tous les angles et dans toutes les circonstances, lisant, page après page, ce roman que tous, même Yann Barthès, décrivent comme le chef-d’œuvre de l’année. Chaque fois, sans exception, mes paupières se ferment sans même avoir l’amabilité ou la politesse d’attendre que mon œil n’atteigne une fin de page, un début de paragraphe ou un point. Pour une raison que je ne m’explique pas encore, James Frey a souhaité découpé quelques histoires sans rebondissements en chapitres de trois quatre pages, puis tout mélanger. Le procédé est sans doute original. Jamais vu. Inédit. Mais si personne ne l’a fait auparavant, il y a sans doute une raison.
Il y a cette histoire de star hollywoodienne dont le couple n’est qu’une couverture car lui comme elle préfèrent les gays de leur sexe et mènent une double vie trépidante et cachée…jusqu’à ce que le gars, blond, beau, sapé comme le héros de American Psycho, tombe amoureux de son agent, ancien footballeur américain, et ne le force plus ou moins à coucher avec lui sous peine de le rayer de la profession. Du métier. Du milieu. Suspense.
Il y a ce clochard, qui vit dans les chiottes d’un restau de Venice Beach, bourré du soir au matin, qui un jour tombe sur une jolie nana un peu camée que des dealers aux mauvaises intentions recherchent. Suspense.
Il y a ce gars, qui s’est enfui de chez lui avec sa copine et qui répare des motos dans un garage miteux en attendant de pouvoir offrir à sa douce une vie meilleure que dans un motel au bord de l’autoroute….jusqu’au jour où il vole à son patron une liasse de billets et s’enfuit. Suspense.
Au milieu de ces histoires à dormir debout (ou dans n’importe quelle position), de petits paragraphes nous refont
l’histoire de la ville de Los Angeles, et là, James Frey, j’ai envie de te dire : tu vas trop loin. Tu m’emmerdes. Je te laisse tomber et cours m’acheter le nouveau Nicolas Rey, dont je sais
qu’il ne transcendera jamais les limites de la littérature française, mais qui sait raconter des histoires chiantes avec panache, lui !

Non pas que le garçon manque de talent. Il en est bourré, et c’est bien son problème. A être bourré tout le temps, le Rey, en plus de prendre du poids sur nos écrans TV, perd sa femme, son fils, et quelques amis. Voilà peu ou prou ce qu’il raconte dans « Un léger passage à vide ».
Difficile de dire ce que j’aime chez Nicolas Rey. Peut-être tout simplement le fait que c’est un branleur. Pas le genre à claquer 500 pages pour raconter l’histoire de Paris et des parisiens. Il n’a pas le temps. Il est occupé à le perdre. Ce que j’aime, c’est que ce gars perdu pour la société, alcoolique notoire, drogué, sale type, lâche, sale, gratte deux trois conneries sur du papier et que ça fait un roman. Voilà un mec facile parce qu’il a le don et il s’en contente. A l’heure de la productivité et de la recherche de la performance, il s’en contente. Il ne fait pas son maximum. Juste ce qu’il veut. Il est libre Max.
L'ARNACOEUR from Frenetic Films on Vimeo.
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