Alain Minc est un de ses prophètes intellectuels dont la France des plateaux TV est friande. Capable d’asséner des vérités inébranlables
dans un vocabulaire pompeux, Minc se place au-dessus de ceux qui l’écoutent, de ceux qui l’interviewent, de ceux qui le critiquent. Je dois dire que ce court essai – écrit en 10 jours ? –
n’est pas ma première lecture d’Alain. A l’époque où j’avais peur de l’avenir, Ce monde qui vient m’avait rassuré. Plus récemment, Une histoire de France m’a franchement aidé à combattre mes
insomnies. Ces dix jours qui changeront le monde était donc mon troisième larcin. Et je dois dire que je ne fus ni surpris, ni déçu. Gazprom va lancer une OPA sur Total comme on déclare une
guerre mondiale, Google va enterrer la presse papier en rachetant le New York Times, les chinois ne vont faire qu’une bouchée de pain des américains et Israël va foutre un beau bordel en
attaquant l’Iran. Que des bonnes nouvelles. Rien d’inimaginable vu l’actualité. Ca aurait pu gâcher mes vacances, mais non. Car j’ai décidé de prendre cet essai du bon côté. Alain Minc, c’est de
la culture confiture à peu de frais. Une bonne heure de lecture et on a de quoi tenir la dragée haute aux éditorialistes amateurs dans tous les dîners d’amis des six prochains mois. Plus besoin
de lire Le Monde : on sait déjà ce qu’il va s’y passer. A la prochaine boutade antisémite d’Almanidejad, on ressort la sentence de la page 24 : « de toutes les façons, Israël a
prouvé par le passé qu’il n’était pas un pays hégélien : un jour ou l’autre, ils vont se faire l’Iran ». Après avoir lu Minc, on se sent l’âme à boxer face à Zemmour, à dire ses qautre
vérités à Plenel, à conseiller Sarko. On se sent intelligent et on a tort. Le grand pouvoir d’Alain Minc est de nous le laisser croire.
Après avoir patienté plusieurs années en attendant une deuxième œuvre, Patron modèle a fait son apparition sur les étagères des bibliothèques. Le pitch ? Un cadre moyen, directeur d’une usine de jouets dans la banlieue de Los Angeles, est victime d’une délocalisation en Chine à quelques mois de la Bar-Mitsvah de son fils. Heureusement, son frère meurt. Ils ne se sont plus parlés depuis des années, mais le macchabée lui laisse en héritage une blanchisserie, qui est en fait une juteuse entreprise de proxénétisme.
Outre un scénario et des situations aussi décapantes que réalistes dans l’univers de L.A, le style de Seth Greenland est à la fois simple, précis, et extrêmement drôle. En fait, j’aimerais savoir écrire comme Seth Greenland. Les personnages secondaires ne manquent pas de caractère non plus : entre Lenore, la belle-mère qui fume de l’herbe, et Jimmy, le bodyguard samoan qui essaie de se convertir au judaïsme, on n’a jamais le temps de s’ennuyer.
Si vous voulez commencer 2009 par un petit moment de plaisir, payez vous votre patron modèle…
Le début de 2008 voit
Françoise Sagan revenir en haut de l’affiche. Intrigué par ce nom que Bernard Pivot citait avec admiration lorsque je m’endormais devant feu son émission, j’ai décidé de ce temps estival pour
lire l’un de ses romans : bonjour tristesse. L’histoire d’une jeune fille qui découvre les affres de l’amour, de la jalousie, et surtout de la manipulation. Une histoire finalement banale. Mais
quel style ! Quel bonheur d’engloutir chaque mot, chaque phrase, comme si l’on était soi-même une adolescente de dix-sept ans assoiffée d’amour – ce qui n’est pas évident lorsqu’on est, comme
moi, un barbu ventru de la trentaine. Bonjour tristesse fut un rayon de soleil de plus à mes vacances, celui qui m’éclairait le visage, lorsqu’allongé sur mon transat, j’en parcourais les
pages langoureusement. Au revoir, joie de mon été 2008…
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