On est vendredi, t’as même pas encore eu le temps de ranger tes lunettes de soleil et tout le monde te tombe dessus : alors, le MIP, c’était comment ? C’est le moment de prendre ton air entendu de mec qui a parlé anglais pendant trois jours et de lâcher un bon vieux : c’était mieux avant quand même (profiter du fait que les gens ignorent qu’il s’agit seulement de ton troisième MIP, que tu étais comme un gamin dans ta chambre d’hôtel 4 étoiles, même que t’as mangé des noix de cajou dans le mini-bar, que tu n’as pas osé demandé un autographe à Stephane Courbit mais que quand même, il a la classe, que t’as trouvé toutes les émissions qu’on t’a proposé géniales, que t’as piqué des chocolats et des bonbons à la menthe dans tous les stands, et que t’as même réussi à récupérer un Moleskine chez Banijay en faisant semblant d’avoir oublié ton carnet de notes).
Non, vraiment, le MIP, c’est la crise : y’a plus de format, plus de jolies filles, plus de soirées.
Et puis, dès qu’il y a une émission intéressante, Banijay rachète la boîte qui l’a imaginée donc bon. Le MIP, c’est un peu comme se rendre dans une boutique de fringues, sauf que toutes les belles pièces sont déjà vendues.
Au MIP, on parle anglais, on a des « meetings » toutes les demi-heures, et on répète chaque fois la même chose à des gens qui font pareil. A la fin, on a l’impression d’être fluent alors qu’on a répété les cinq mêmes phrases à quarante personnes différentes.
Au MIP, les nouveaux se repèrent tout de suite : ils ont besoin d’un plan pour trouver le stand où ils ont leur prochain rendez-vous.
Au MIP, on collecte des cartes de visite. Plein. Le MIP, c’est aussi efficace que Facebook pour avoir l’impression qu’on connaît du monde.
Au MIP, on marche. Beaucoup. Des kilomètres entiers, avec un sac qui se remplit au fur et à mesure de la journée de DVD et de flyers de présentations. Le MIP, c’est sport.
Au MIP, quand tu croises un concurrent ou un ancien collègue, la deuxième question que tu lui poses, c’est : Et ça te fait pas trop loin ? La première : Et il est où ton hôtel ?
Au MIP, on n’arrête pas de voir des idées qu’on a eu il y a deux ans être produite à l’étranger. On se sent précurseur. Incompris. Français.
A la fin du MIP, on est rincé, on fait la fine bouche, on prend son air entendu de mec qui a parlé anglais pendant trois jours et on lâche : c’était mieux avant quand même. Mais six mois plus tard, on est là, à Cannes, lunettes de soleil sur le nez, cartes de visite à la main. Le MIP, c’est un jour sans fin.
Comme Mario, Lara Croft ou les chats, on a tous plusieurs vies. Il y a deux ou trois "life" de cela, j'étais journaliste, stagiaire, et chroniqueur sur une petite
chaîne du câble, Game One. C'était mon premier travail, bien que ce mot ne soit pas forcément approprié vu mon emploi du temps de l'époque : arrivée à dix heures, café clope avec les potes, puis
chacun sa manette et sa console pour tester des jeux comme un bourrin pendant des heures. A midi, sandwich vite fait et tournoi de Pro Evolution Soccer. Puis, reprise du boulot au dernier level
de je ne sais quel FPS ou jeu d'aventure. Ensuite seulement commençait mon travail de journaliste : en quelques phrases bien senties, je livrais ma sentance et règlait son compte à un jeu sur
lequel des centaines de geeks avaient bossé pendant des mois. Des fans allaient m'incendier le lendemain sur les forums, mais je m'en foutais. J'avais le job dont ils rêvaient. J'étais Tom Hanks
dans Big, ce gamin au corps d'adulte payé pour tester des jouets. J'étais Joshua. De cette vie me restent quelques consoles poussièreuses auxquelles je ne touche plus et les références
culturelles des gars comme moi, trentenaires nés avec une Game Boy, un Amstrad ou une NES. Nous sommes ceux qui ont fait de Mario, Lara Croft, Donkey Kong ou les Space Invaders des icônes. C'est
grâce à nous que FIFA ou PES sont des biens culturels. Et qui pour nous rendre hommage? Qui pour célébrer notre génération, à part Mouloud qui fait la plante verte sur Canal? Personne ou presque.
Voilà pourquoi ce petit bijou de film d'animation se devait d'être diffusé sur ce blog.
Hier soir s’est achevée la première saison de Top Chef sur M6. Contre toute attente, c’est Romain, tout juste sorti de l’adolescence, la voix pas encore grave et le poil rare, qui a remporté le morceau et reçu des mains de Sandrine Corman un chèque de 100 000€, soit un bon paquet de fric pour se payer une Playstation 3 et monter un Quick Hallal.
Je dis « contre toute attente » parce que depuis l’épisode 2, l’issue de Top Chef ne faisait pas de doute : Pierre écrasait tous ses adversaires à plate couture pendant que Romain devait sauver ses miches au rattrapage. Alors, qu’a-t-il pu se produire pour que les pronostics soient ainsi déjoués ?
En prenant un peu de recul, on se rend compte que toutes les émissions de télé-réalité ou presque depuis la Star Academy 5 connaissent la même issue : c’est le perdant annoncé qui l’emporte…On appelle ça le syndrome Magalié Vaé, du nom de la première à l’avoir expérimenté. Quelle est l’origine de cette maladie poisseuse qui veut que les derniers soient les premiers ? A qui la faute ?
Au public bien sur ! Star Academy- Nouvelle Star – Top Chef : même combat. D’un côté, des membres du jury intransigeants qui laissent clairement entendre leurs préférences et choisissent ceux qu’ils ne veulent plus voir dans LEUR programme. De l’autre, le public, seul à pouvoir trancher, qui se fait un malin plaisir à donner tort à ceux qui « savent ».
Demandez à Piège s’il aurait choisi Romain comme vainqueur de Top Chef ou à Sinclair s’il aurait voté pour Soan…
Voilà donc la beauté (ou la limite) de ce genre d’émission, qui voit passer de fantastiques candidats qui ne l’emportent jamais.
La télé-réalité, c’est un peu comme la politique. Les Français adorent faire le contraire de ce qui est prévu…
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jamie Oliver est avec Gordon Ramsey une star internationale des fourneaux. Auteur
de nombreux best-sellers, dont le fameux "Tout le monde peut cuisiner" emprunté à Ratatouille, il présente également de nombreuses émissions. C'est un peu Cyril Lignac qui parlerait anglais et
saurait cuisiner.
Dans sa nouvelle émission, Jamie s'attaque aux gros. I mean, les obèses. Problème majeur aux Etats-Unis, en passe de le devenir un peu partout dans le monde occidental. Jamie part d'une réflexion
toute simple : pour résoudre ce fléau, il suffit de changer les habitudes alimentaires. Pas con. Et comme il ne fait pas les choses à moitié, il va prêcher la bonne parole à Harlington, la ville
la plus touchée par le surpoids. Il faut imaginer des bibendum Michelin partout, se baladant dans les rues en sirotant du Coke même pas light, portant des tee-shirt extra extra larges encore
tâchés par le ketchup qui s'échappait du Double Whooper qu'ils s'engloutissaient une heure avant. Vision d'horreur d'une société déformée.
Aux Etats-Unis, l'une des émissions les plus populaires du pays est the Biggest Loser, un grand concours où des couples de gros tentent de perdre le plus de poids possble pour remporter 100 000€.
Là, c'est un peu the Biggest Loser qui rencontre le Chef contre-attaque, avec Jamie qui se rend dans les cantines, se rend compte que les enfants ne savent pas reconnaître une tomate, et lâche
cette sentance à des enfants qui prennent ça en pleine graisse : "vous êtes la première génération qui vivrez moins longtemps que vos parents".
Est ce que ce genre de programme pourrait arriver en France? Même si l'obésité a failli être déclarée "cause nationale" à de nombreuses reprises, the Biggest Loser n'a jamais trouvé preneur en
France, principalement parce que le CSA veille à ce que cette population ne soit pas stigmatisée dans les médias. Ca changera le jour où les gros envahiront l'espace médiatique, pour l'instant
accaparé par Guy Carlier. Nul doute que ça viendra plus vite qu'on ne le croit.
J'aurais aimé vous dire que Marc-Olivier Fogiel avait parlé de mon blog dans sa matinale, mais non. Matthieu Noel, l'un de ses chroniqueurs, m'a simplement piqué le nom de mon
blog, que j'avais moi-même emprunté à feu Patrick Le Lay, pour en faire le titre de sa chronique. Blogueur mégalomane et paranoïaque, je ne peux m'empêcher de voir dans nos deux façons de s'amuser
de l'actualité de la télévision de nombreux points communs : un style, une barbe, une voix qui ne va pas avec son physique, et quelques flèches bien senties pour les cerveaux qui s'occupent du
temps disponible de nos téléspectateurs.

Samedi soir, je suis tombé amoureux de Vanessa Paradis pour la seconde fois de ma vie (première fois : Nuits blanches, VP nue, premiers émois
d’adolescents).
Samedi soir, j’ai rêvé que j’étais Romain Duris pour la seconde fois de ma vie (première fois, l’Auberge espagnole, identification totale au personnage).
Samedi soir, j’ai aimé l’humour belge pour la seconde fois de ma vie (première fois, Mr Manhattan, Benoit Poelvoorde à son apogée. Cultissime).
Samedi soir, j’ai eu envie de m’acheter la bande-son d’une comédie romantique pour la seconde fois de ma vie (première fois, Love Actually, les Beach Boys. God only knows. Number One de ma playlist kleenex).
Samedi soir, pour la seconde fois de ma vie, j’ai tenté de retenir des répliques de films pour les ressortir après au bureau. En vain (première fois, la Cité de la peur. La base).
Samedi soir, j’ai été voir l’Arnacoeur.
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