Premier voyage au pays du soleil levant, et arrivée à l’aube, comme par enchantement, après treize heures de vol assez confortables pour ne pas les sentir passer mais pas suffisamment pour roupiller. Résultat : de l’autre côté de la planète, j’ai la tête à l’envers. Après une courte sieste dans le king size d’un quatre étoiles bon marché, nous partons ma femme et moi à la découverte de Tokyo, la ville du futur.



Premier jour sur les trottoirs du quartier de Ginza, et première découverte : oui, je sais, c’est naïf, mais j’ignorais que les japonaises portaient des parapluies les jours de pluie, mais aussi les jours de beau temps, pour protéger leur peau nacrée des rayons du soleil. En résumé, quand l’Evelyne Delhia locale annonce qu’il fera gris toute la semaine, les femmes nippones sautent de joies devant leur téléviseur quarante pouces à écran plat qui ne sortira que dans dix ans chez nous. Au Japon, le marché des lunettes de soleil n’existe pas. Ray Ban ? Connais pas. Deuxième constatation : la France, synonyme de chic et de luxe, a conservé une côte d’enfer dans l’imaginaire des tokyoïtes, qui ont baptisé leurs boutiques de vêtements Made in Japan avec des noms frenchy pas toujours très appropriés ou rédigés avec des fautes d’orthographes. Ainsi, se succèdent devant nous le magasin de prêt-à-porter Congés payés, ou encore Laissé passé, etc. Est-ce parce qu’ils reconnaissent notre accent parisien que les insulaires sont aussi prévenants ? Non, c’est simplement que le niveau d’hospitalité est tellement élevé que pour un trentenaire qui a l’habitude d’être ignorés des heures par les serveurs des brasseries franciliennes, le décalage est énorme. En allant m’acheter un Polo dans une boutique du coin, j’ai l’impression d’avoir vidé la boutique devant la reconnaissance et la gentillesse non feintes de ses employés. Et dire que dans la capitale de la mode, si tu demandes à une vendeuse ta taille de chemise, elle te dit sèchement « tout est là » et repart en pause clope…

Moi qui me considère un peu comme un Geek sépharade, j’attendais avec impatience d’en prendre plein la vue avec les inventions et les usages technos de là-bas. D’abord, le téléphone : les leurs sont souvent plus gros, à clapet, de couleurs excentriques ou carrément personnalisés. Surtout, ils ne l’utilisent pas de la même façon. Dans la rue, la plupart des japonais ne regardent pas là où ils marchent mais ont l’œil fixé sur l’écran de leur mobile. Soit ils y regardent la télévision, soit ils s’envoient des sms, soit ils se parlent en visiophonie. Rares sont ceux qui ont leur appareil collé à l’oreille…






Comment parler de high-tech sans évoquer Akihabara, le temple de cet univers fait de fil de fer, de composants, de puces, etc. Le niveau de nuisance sonore est ici à son paroxysme, non pas à cause des voitures, plutôt silencieuses, mais du fait des buildings ouverts où des bornes d’arcade sont prises d’assaut par des hommes et femmes de tous âges. Les joueurs les plus spectaculaires sont ceux de Dance Dance Revolution, qui sautillent sur leur tapis de danse à une vitesse folle devant les regards connaisseurs du public. Ici, on a l’impression que tout est nouveau, que c’est le monde de demain qui est en marche, et que le Japon nous montre la direction. Mais ce n’est peut-être plus aussi vrai aujourd’hui. Le pays semble s’être assagi, normalisé. Ainsi, les jeunes aux looks complètement déments que l’on m’avait promis à Shibuya avaient quasiment disparus, remplacés par des clones du hip hop, Nike Air Force aux pieds et casquette sur le côté. Reste que le contraste reste saisissant avec un pays comme la France. Ce mélange d’énergie insaisissable dans certains quartiers et de quiétude absolue dans d’autres est enivrant, et même si je ne me suis jamais senti complètement « Lost in Translation », j’étais quand même sacrément dépaysé…

A propos du film de Sofia Coppola, nous avons passé une soirée magnifique au cinquante deuxième étage du Grand Park Hyatt, où il fut tourné. Dîner au New-York Grill, puis concert de jazz avec vue imprenable sur Tokyo by night…





Le lendemain, départ pour Kyoto en train. Je m’attends à voir une ville ancienne, sorte de palais impérial géant, où de petites maisons seraient entourés de grands jardins japonais, aux pieds de temples immenses et rayonnants. Mais Kyoto n’a rien à voir avec tout ça. Certes, on n’y trouve des temples, souvent magnifiques comme le Golden Pavillon. Mais il s’agit surtout d’une grande ville moderne. Petite déception. Grand moment tout de même : nous avons assisté à un spectacle donné par des Geishas, avec au menu des danses, du théâtre, la cérémonie du thé, le tout dans des costumes incroyables, qui pour une fois nous faisaient faire un bond gigantesque dans le passé du pays.

Sept jours, c’est trop court pour découvrir un pays. On aurait aimé rester plus longtemps à Tokyo, se rendre à Nara, à Hiroshima, ou à Osaka. Une prochaine fois peut-être.


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