Ceux qui me connaissent savent que je cache dans mon tiroir de gauche un petit manuscrit intitulé Death Planner. Trop volumineux pour être une nouvelle mais trop léger pour qu’un éditeur le considère comme un roman, ce récit est resté là, honteux, étouffé sous un paquet de concepts TV invendus. Par manque de temps et de confiance, il n’est jamais parvenu sur le bureau d’une maison d’édition. Pas sur qu’il aurait retenu l’attention d’un comité de lecture.
Death planner est l’histoire – cynique – d'un jeune croque-mort fauché et opportuniste qui, faute de clients décédés,
propose aux vivants qui le souhaitent d'organiser la mort de leur rêve.
Pourquoi laisser le destin choisir le moment et les conditions de ce moment si important quand on peut décider du moindre détail de sa disparition? Choisir sa mort, son jour, son déroulement, tel
sera peut-être l’un des sujets de société promis aux prochaines générations, vieillissants dans le culte de la jeunesse éternelle, la peur du vide et de la ride, le règne de
l’apparence.
Destiné à l’oubli, Death Planner a quitté mon tiroir le jour où Michael Goldman a annoncé la création de My Major Company Books. Plus besoin d’éditeurs, mais de lecteurs.
Alors voilà, la balle est dans votre camp. Vous pouvez lire quelques extraits de death Planner là. Me demander en ami et devenir fan. Je serais également ravi que vous me fassiez part de vos remarques, conseils ou critiques.
Death planner is born.


J’ai sur ma table de chevet depuis des semaines pour ne pas dire des mois un pavé de plusieurs centaines de pages dont la presse ne cesse de louer la qualité littéraire, signé d’un dénommé James Frey, et dont la couverture indique qu’il s’intitule LA Story. Je l’ai attaqué, sous tous les angles et dans toutes les circonstances, lisant, page après page, ce roman que tous, même Yann Barthès, décrivent comme le chef-d’œuvre de l’année. Chaque fois, sans exception, mes paupières se ferment sans même avoir l’amabilité ou la politesse d’attendre que mon œil n’atteigne une fin de page, un début de paragraphe ou un point. Pour une raison que je ne m’explique pas encore, James Frey a souhaité découpé quelques histoires sans rebondissements en chapitres de trois quatre pages, puis tout mélanger. Le procédé est sans doute original. Jamais vu. Inédit. Mais si personne ne l’a fait auparavant, il y a sans doute une raison.
Il y a cette histoire de star hollywoodienne dont le couple n’est qu’une couverture car lui comme elle préfèrent les gays de leur sexe et mènent une double vie trépidante et cachée…jusqu’à ce que le gars, blond, beau, sapé comme le héros de American Psycho, tombe amoureux de son agent, ancien footballeur américain, et ne le force plus ou moins à coucher avec lui sous peine de le rayer de la profession. Du métier. Du milieu. Suspense.
Il y a ce clochard, qui vit dans les chiottes d’un restau de Venice Beach, bourré du soir au matin, qui un jour tombe sur une jolie nana un peu camée que des dealers aux mauvaises intentions recherchent. Suspense.
Il y a ce gars, qui s’est enfui de chez lui avec sa copine et qui répare des motos dans un garage miteux en attendant de pouvoir offrir à sa douce une vie meilleure que dans un motel au bord de l’autoroute….jusqu’au jour où il vole à son patron une liasse de billets et s’enfuit. Suspense.
Au milieu de ces histoires à dormir debout (ou dans n’importe quelle position), de petits paragraphes nous refont
l’histoire de la ville de Los Angeles, et là, James Frey, j’ai envie de te dire : tu vas trop loin. Tu m’emmerdes. Je te laisse tomber et cours m’acheter le nouveau Nicolas Rey, dont je sais
qu’il ne transcendera jamais les limites de la littérature française, mais qui sait raconter des histoires chiantes avec panache, lui !

Non pas que le garçon manque de talent. Il en est bourré, et c’est bien son problème. A être bourré tout le temps, le Rey, en plus de prendre du poids sur nos écrans TV, perd sa femme, son fils, et quelques amis. Voilà peu ou prou ce qu’il raconte dans « Un léger passage à vide ».
Difficile de dire ce que j’aime chez Nicolas Rey. Peut-être tout simplement le fait que c’est un branleur. Pas le genre à claquer 500 pages pour raconter l’histoire de Paris et des parisiens. Il n’a pas le temps. Il est occupé à le perdre. Ce que j’aime, c’est que ce gars perdu pour la société, alcoolique notoire, drogué, sale type, lâche, sale, gratte deux trois conneries sur du papier et que ça fait un roman. Voilà un mec facile parce qu’il a le don et il s’en contente. A l’heure de la productivité et de la recherche de la performance, il s’en contente. Il ne fait pas son maximum. Juste ce qu’il veut. Il est libre Max.
Quand on a dit que Slam est un livre de skateur et d’adolescent, on a dit le principal, et pourtant on a rien dit. Slam est un livre sur l’adolescence en Angleterre aujourd’hui, sur les rapports entre filles et garçons, sur le sexe à quinze ans, sur les filles mères et les parents enfants, sur l’avortement, sur ces dommages collatéraux de l’alcoolisme qui s’abattent sur l’île d’Albion comme un fléau depuis quelques années et menacent notre hexagone si les jeunes d’ici prennent les mauvaises habitudes des jeunes de là-bas (beuveries, sexe non protégé, etc).
Slam raconte l’histoire d’un jeune garçon, Sam, qui vit seul avec sa mère et qui, en guise de père, s’est trouvé Tony Hawk, le plus grand skateur de l’histoire, dont il connaît par cœur l’autobiographie, et avec qui il discute tous les jours par poster interposé. Oui, Sam parle aux posters. Et le poster lui répond. A quinze ans, on se fout des études et on se concentre sur les filles. Sam rencontre Alicia, une nana plutôt mignonne, qui vient de larguer son mec pour cause de mésentente sur la question du sexe : il voulait, pas elle. Sam la drague un peu, l’embrasse au bout de quelques heures, et oh surprise, couche avec elle le premier soir. Ce qu’elle avait refusé à son homme d’hier, elle l’offre sans frémir à son homme d’aujourd’hui. Pas bête, Sam se dit alors qu’il est vulgairement utilisé pour rendre jaloux son précédent. Il n’a pas tort : il est utilisé. Mais quelques mois plus tard, il comprend pour quelle raison exactement : Alicia est enceinte.
Pourquoi Slam est un livre génial ? D’abord parce qu’il raconte une génération. Quand, dans cent ans, on voudra savoir à quoi ressemblaient les jeunes du début du 21siècle, les professeurs de littératures occidentaux pourront se référer à l’ouvrage de Nick Hornby. Outre l’histoire, qui sans être originale, est malgré tout pleine de rebondissements et de petits détails qui donnent envie de voir la suite, c’est avant tout le style « ado » qu’utilise Hornby qui est fascinant par son exactitude et son humour. On a vraiment l’impression qu’il s’agit d’un adolescent maladroit, pas sûr de lui, rêveur, qui a écrit ce livre, sans pour autant que la qualité de l’écriture en soit éprouvée. Une fois de plus, Nick Hornby prouve qu’il fait partie des plus grands auteurs de son temps.
Je ne sais pas ce qui m’a pris. Au départ, l’envie irrépressible de lire quelque chose de léger, allongé sur mon transat au bord d’une piscine. Ensuite, ma dépendance au foot et à ses
résultats que je pourrais contenir, vu que ma destination de vacances ne me permettait pas de lire l’Equipe. Enfin, l’envie de faire une connerie sans doute. J’ai lu un bouquin de Guy Carlier. Ou
plutôt, j’ai écouté du Guy Carlier imprimé sur des feuilles, car malheureusement, ces deux cent pages de souvenirs footballistiques n’avaient rien à voir avec la littérature. Guy est un passionné
du ballon rond depuis sa plus tendre enfance. Il nous le raconte en commençant par le tout début, les matchs d’école, les ballons en mousse, etc. Et puis, comme ses souvenir ne sont pas à
rallonge et qu’il ne s’appelle pas Thierry Roland, Guy finit par retomber par l’édito-salaud où il brocarde ou encense de façon subjective et pataude le microcosme footballistique, ses louanges
allant bien entendu aux footeux d’avant, Thierry Roland compris, et ses diatribes au foot d’aujourd’hui – Rothen, prends ça dans ta gueule.
Voilà l’exemple typique du livre inintéressant au possible, qui relève plus de la conversation de comptoir que de l’autobiographie anglée, et dont, finalement, le nom de celui qui tient la plume est plus important que ce qu’elle a posé sur le papier. En l’occurrence, des fautes d’orthographe. Beaucoup. Quasiment pas un nom de joueur, de dirigeant, ou de consultant n’est écrit correctement. Quand on se prétend féru de son sujet, c’est embêtant. Discréditant. Quand on est vraiment féru du sujet dont parle l’auteur, c’est carrément énervant. Voir insultant.
Ce livre a été écrit au dictaphone, à avaler des bières sur le zinc d’un bistrot parisien. L’éditeur n’a même pas pris le soin de le relire et de le corriger. Il nous est arrivé brut de pomme, directement depuis la boîte à souvenirs du cerveau de Guy Carlier. Dire qu’il est aussi vide qu’un ballon de football revient-il à tirer une conclusion sur l’intelligence de son auteur ? En tous les cas, lorsque Stephane Guillon écrira ses mémoires tennistiques, promis, je laisserais ça sur les étagères des libraires.
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